Jérémie : cri d’alarme de la population contre la montée des actes de banditisme

Jérémie : cri d’alarme de la population contre la montée des actes de banditisme

Radio Orbite

Depuis plus de six mois, une psychose de peur s’installe chez les habitants de la ville de Jérémie, en raison de la montée des actes de banditisme, perpétrés pour la plupart en plein jour. Une situation qui n’est pas sans effet sur la vie nocturne et les centres commerciaux dans la métropole de la Grand-Anse.

Avec une pointe de nostalgie dans la voix, en évoquant l’atmosphère sereine de leur Jérémie il y a environ cinq ans, les Jérémiens ne cachent pas leurs appréhensions face à la recrudescence des actes de violence et de banditisme enregistrés dans la ville depuis plusieurs mois. Plusieurs facteurs sont à l’origine de ce nouveau phénomène à Jérémie d’après les intervenants rencontrés par le journal.

 

La population jérémienne prise au dépourvu et alarmée

Une jeune étudiante en troisième année à l’École supérieure catholique de droit de Jérémie croit que « la principale cause de cette situation demeure la promiscuité que crée le phénomène de bidonvilisation et l’absence policière dans les zones reculées du département ».

 

En effet, des bandits armés, fugitifs, parfois d’origine grand’anselaise, aidés de quelques complices, trouvent refuge dans certains quartiers populaires. Pour preuve, tel que rapporté par le Nouvelliste, quatre bandits ont été appréhendés les samedi 4 et dimanche 5 mai 2019 grâce à des dénonciations de la population. Ces criminels profitent de l’occasion pour semer la terreur dans la communauté. L’étudiante reproche aux autorités policières leur laxisme et leur manque de leadership dans la réalisation de leur mission : « Protéger et servir » ! La jeune femme attire l’attention sur la nécessité pour l’Etat haïtien de mettre en place un service de renseignements dans la perspective de mettre un frein aux actes qui demeurent assez souvent impunis.

 

Un homme d’affaires exprime sa crainte de voir la situation se détériorer graduellement. « J’ai l’impression que la ville échappe progressivement au contrôle des autorités ». « Or, souligne notre interlocuteur, à Jérémie tout le monde connait tout le monde, mais personne n’arrive à identifier les individus qui s’adonnent à ces pratiques criminelles et qui entachent la réputation de la ville, voire de tout le département de la Grand’Anse ». Comme vivant une scène de film, poursuit notre interlocuteur, « la peur de me faire braquer m’oblige à fermer les portes de mon magasin plus tôt qu’à l’accoutumée ».

 

Braquage, vol de nuit, vol de motocyclette, embuscade à Jérémie

Parfois les nuits, autrefois tranquilles, sont troublés par un coup de feu. Les Jérémiens se disent fatigués d’entendre chaque jour, au réveil, des citoyens se plaindre d’avoir été victimes des chevaliers de nuit. Tantôt c’est une motocyclette, tantôt c’est une maison cambriolée, tantôt c’est la recette du jour dans une boutique de « Mon Cash » emportée par les ravisseurs armés d’armes de poing.

 

Parmi les cas récents figure le meurtre, par un bandit connu sous le sobriquet de « Ti Rasta », de Réginald Saint-Vil, un agent II de la PNH affecté à l’UDMO, suite à une embuscade suivie d’échange de tirs selon le rapport de la police. Le forfait avait été commis à Rochasse, l’un des quartiers résidentiels de la ville. Au crépuscule, deux individus au visage masqué, sous la menace de leurs armes décident de braquer une guérite abritant un petit commerce de téléphones portables. Ils sont partis avec leur butin au vu et au su de tout le monde, en faisant feu pour dissuader d’éventuels poursuivants ou opposants. L’affaire  a été classée sans suite malgré les plaintes de la victime.

 

Autres cas, une dame bien connue de la ville a été l’objet d’une attaque à main armée par des individus cagoulés, vers 5h a.m. au moment où elle se rendait au centre-ville pour aller prendre le bus à destination de Port-au-Prince.

 

La PNH sur le qui-vive

 

Contacté par le journal, le directeur adjoint de la police grand’anselaise, le commissaire Calixte, promet que l’institution fera tout pour faire revenir le calme à Jérémie. Il invite la population à accompagner l’institution policière en partageant les informations qu’elle détient pour ne pas se faire complices involontaires de bandits, et permettre de mettre un terme à la perpétration de ces actes criminels dans la ville.

 

Toujours selon le numéro deux de la police grand’anselaise, «  plusieurs facteurs expliquent ces actes de banditisme à Jérémie. Ils sont parfois d’origine politique et économique ». Selon ce responsable, « beaucoup des bandits opérant dans la capitale et d’origine sudiste, une fois traqués à Port-au-Prince par la police centrale,  viennent se réfugier  à Jérémie ».

Notre interlocuteur ne pouvait pas, pour des raisons de sécurité, partager avec le journal le plan de la police pour lutter contre ce phénomène ni le nombre de plaintes reçues par l’institution sur ces forfaits. « Le service d’investigation fait un travail énorme sur ce point et compte apporter une solution rapide », a été sa seule réponse. Pour répondre aux critiques, le commissaire Calixte croit « que la population ne connaît pas vraiment le terrain, mais elle peut toujours aider la police à établir la paix dans la communauté ». La population Jérémienne, de l’avis des observateurs et personnes interrogées, ne demande qu’à retrouver sa sérénité.

 

 

Flavien Janvier

[email protected]

Source : Le Nouvelliste | Publié le 2019-05-10

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